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Chasse 1 : Celle dont vous vous souviendrez avec émotion lorsque vous chasserez un monstre gigantesque avec une arme lançant des éclairs

Règle de chasse : La formation de chasseur est accessible l’année suivant le 15ème anniversaire


L’adolescent doit avoir 15 ans révolu le jour précédant son entrée à l’académie. La rentrée des académies de chasse à systématiquement lieu le 1er jour du mois de Mizore. L’étudiant doit s’y présenter avec l’ensemble des papiers administratifs nécessaire à son inscription. Celui-ci se reverra alors remettre sa carte de guilde apposée de la marque de cette dernière. Une entrée en formation avant l’âge des 15 ans est possible sous condition de réussir un test d’aptitude spécial.


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Ray courait à toute vitesse dans les rues du village, trimbalant sur son dos un coffre en bois d’environ un mètre sur deux dont le contenu remuait avec fracas à chacune de ses foulées. Le garçon était bien plus en retard que ce qu’il pensait, la position d’Ashura dans le ciel annoncerait bientôt les deux heures. A peine quelque minutes auparavant, le forgeron du village l’avait réveillé en sursaut, gêné dans la mise en route de son échoppe par l’adolescent assoupi au milieu de cette dernière. Sans perdre une seconde de plus, il avait alors attrapé sa commande de la veille et l’avait fourré dans le premier étui de transport venu.


Cette nouvelle année commençait bien brusquement à son gout mais il ne put s’en prendre qu’à lui-même en bifurquant sur un petit chemin de terre, le même où il avait renversé quelqu’un en revenant de son épopée folle. Il ne ralentit pas l’allure malgré la pente et des points douloureux commencèrent à se faire sentir partout sur son corps. Sans lui laissée de blessures graves, sa petite quête au minerai lui avait valu une bonne vingtaine de bleus et de griffures. Au moins il était entier s’était-il dit, ce qui tenait déjà du miracle après un face à face avec tigrex. Le relief changea et il se trouvait maintenant dans une légère descente zigzagant entre quelques arbres fruitiers. Il put accélérer la cadence et bientôt il aperçut un grand bâtiment fait de planche de bois et de pierre grise. D’épais amas de mousse verte avaient élu domicile un peu partout sur les murs et le toit en tuile, témoignant de l’ancienneté de l’édifice. Il sprinta jusqu’à la première porte venue sans même prêter attention à l’inscription marquée au-dessus de celle-ci : « Académie de Chasse du Village de Voul »


A peine eu t’il pénétré à l’intérieur que son nez s’écrasa contre une plaque de métal. Un brouhaha sans nom s’ensuivit, fait de paroles et de bruit de pas. Le jeune garçon remarqua alors qu’il venait d’arriver dans une grande pièce où était alignée au garde à vous une douzaine d’adolescent habillés de sous-vêtements de chasse surmontés d’une veste et d’un pantalon chauds semblable à ceux que le garçon avait réduits en charpies la veille. Un homme d’une trentaine d’année était placé face à eux, les lèvres encore entrouvertes suite à l’interruption de son discours d’introduction par l’arrivée du retardataire. La personne qu’il avait bousculé un moment auparavant, une demoiselle aux cheveux blonds, lui jeta un regard noir sans accorder un seul z à ses excuses. La main massant son nez douloureux, Ray alla se ranger à côté de la jeune fille brune à qui il avait offert un cristal glacé la veille. Cette dernière lui intima d’un geste discret d’attraper dans les plus brefs délais une tenue dans un coin du hall d’entrée et de regarder devant lui :

L’homme plus âgé, sans aucun doute celui chargé de les recevoir, fixait Ray sans masquer son mécontentement.


« Veuillez m’excusez pour mon retard Monsieur » prononça le jeune garçon en changeant de tenue

Un bref ricanement se fit entendre mais il ne put pas déterminer sa provenance. L’homme ne sembla pas se satisfaire de cette phrase improvisée, mais surement que son envie de ne pas perdre plus de temps l’emporta sur celle de lui passer un savon et il reprit alors là où il avait été coupé.


« Comme je le disais, il est deux heures piles » commença t’il en se raclant la gorge. « Je me présente : Wallace, intendant et instructeur en second de cette académie. Je vais commencer par vérifier vos papiers d’inscription, je vous prie donc de les sortir et de me les tendre lorsque votre tour viendra »


Wallace entreprit donc d’examiner les documents en commençant par les personnes les plus éloignées de Ray, ce qui laissa le temps à ce dernier de retrouver les nombreuses feuilles qu’il avait fourrées sans délicatesse dans ses poches. Il vérifia une énième fois qu’il avait bien en sa possession une copie de son attestation de naissance, preuve irréfutable qu’il avait bien 15 ans et pouvait donc s’inscrire sans contraintes. Il détenait également une épaisse liasse de papier que lui avait remis une femme au comptoir de la guilde la veille. A moitié ivre suite aux festivités, celle-ci avait failli lui renverser son verre de liqueur sur le crâne mais finalement il avait eu tout ce qu’il lui fallait en temps et en heure. L’intendant sembla discuter plus longtemps avec la jeune femme blonde qu’avec les autres étudiants, et cela en prenant un ton bien moins autoritaire, presque mielleux. Le phénomène disparu dès qu’il passa à l’étudiant suivant. Ray fit alors quelques signes à son amie pour la saluer, celle-ci lui répondit avec un sourire tout en lui signifiant qu’une minute de plus et son avenir aurait pu prendre une toute autre voie. Le jeune garçon haussa les épaules en bougeant les lèvres comme s’il avait dit « Je ne suis jamais en retard ».


« Au tour maintenant de notre ami arrivé juste à temps » le surpris l’instructeur en se glissant devant lui. « Vos papiers » Il les arracha presque des mains du jeune homme en pestant sur leur état. « Monsieur Arc » commença t’il en parcourant des yeux son dossier, « me confirmez-vous votre volonté de vous engager dans une formation de chasseur ? »


« Oui » répondit simplement Ray, retenant une grimace suite à cette désignation qu’il n’avait que trop entendu. Il sentit quelques regards se tourner discrètement vers lui tandis que l’administrateur continuait :


« Vous avez conscience que vous pouvez encore revoir votre choix Monsieur Arc. Chasseur est un métier dangereux » prononça Wallace en inspectant chaque mot passant devant ses yeux, comme pour trouver une erreur qui lui permettrait d’empêcher l’inscription de son interlocuteur.


« J’en ai parfaitement conscience Monsieur » dit alors le jeune homme sans une once d’hésitation dans la voix.


L’homme qui lui faisait face leva les yeux alors de l’assemblage chaotique de papiers froissés pour croiser son regard, y cherchant également toutes traces de doute ou de mensonge. « Très bien Monsieur Arc » prononça-t-il dans un soupir d’agacement tout en sortant un petit objet rectangulaire et rouge de sa poche. « J’espère que vous aurez une fin à la hauteur de celle que vos parents ont connu »


Sa phrase finie, il apposa l’objet, visiblement une petite écaille, sur le bas d’un papier, laissant une marque semblable à une légère brulure. Il lui rendit alors ce papier uniquement, et se décala pour faire face à la jeune fille silencieuse, dernière personne à vérifier. Tandis qu’un échange à sens unique s’opérait à côté de lui, Ray jeta un bref regard sur la feuille marquée qu’on lui avait remis. Sur celle-ci était apposé en guise de titre « Carte de Guilde » puis sa dénomination « Ray, du village de Voul ». Il expira profondément, enfin il pouvait se détendre : Il avait finalement réussi à intégrer l’académie de chasse. Il rangea précieusement le papier dans la doublure de son gilet en laine puis perçu que la voix de l’inspecteur commençait à grimper à côté de lui, attirant l’attention du reste des étudiants qui commençait à trouver le temps long eux aussi. La jeune fille brune restait impassible face à l’homme, ce dernier en était presque au point de lui hurler au visage de lui répondre et commençait à lâcher quelques postillons ici et là. Un étudiant un peu grassouillet que Ray connaissait sous le nom de Bully ne put retenir de s’esclaffer de rire.


« Le mariole au fond, vous serez le premier de corvée ce soir » éructa l’intendant avec colère avant de retourner s’acharner sur celle qui ne semblait pas vouloir le moins du monde lui adresser la parole. Cette dernière n’avait pas l’air non plus de s’amuser, mais plutôt lassée de vivre encore une fois une situation qu’elle ne connaissait que trop bien.


« Monsieur si je peux me permettre… » Commença Ray en s’adressant à l’instructeur


« Quoi ?! » explosa alors ce dernier en lui projetant d’épaisses gouttes de salive au visage.


« Elle est muette Monsieur, elle ne peut donc pas vous répondre » répondit-il simplement


Un silence pesant se fit dans la salle. La face de Wallace resta figée un instant dans un rictus grotesque avant que celui-ci ne reprenne à voix basse, presque en chuchotant.


« Comment diablos est-ce possible ? »


« C’est comme ça Monsieur. Je tiens à vous préciser qu’elle ne vous entend pas non plus » lui expliqua Ray comme il avait dû le faire de nombreuses fois auparavant.


« Et comment peut-on donc communiquer avec elle ? » demanda l’homme en dévisageant l’étudiante, perdu devant un cas de figure auquel il n’avait manifestement jamais été confronté.


« Vous ne pouvez pas Monsieur, mais elle, elle peut vous comprendre si vous lui parlez lentement en la regardant. Ce serait trop long à expliquer mais elle peut en quelque sorte lire les mouvements des lèvres »


« Et comment doit-on appeler cette jeune demoiselle ? » demanda encore Wallace, semblant de plus en plus perdu.


« Son nom de ne se prononce pas Monsieur, mais il s’écrit » précisa Ray en pointant une ligne sur les papiers de la jeune fille. On pouvait y voir inscrit quelque part un simple symbole : 


L’intendant ne répondit même pas à cette déclaration, se contentant de fixer le doigt pointé sur son papier. Toujours en silence il apposa la marque rouge sur la feuille avant de la tendre à la jeune fille. Celle-ci n’esquissa pas une mimique, se contentant de récupérer sa carte de guilde avec un air impassible dont elle avait le secret. Suite à ça et sans un mot, Wallace les conduisit jusque dans une salle plus petite munie de tables d’étude et de banc pour s’assoir. Ray ainsi que quelques autres déposèrent leur étui dans un coin. Parmi eux, la jeune fille blonde. Elle semblait se trimbaler sans effort un immense coffre de métal, celui que le nez du jeune homme avait malencontreusement rencontré plus tôt. La demoiselle lui jeta une nouvelle fois un regard noir avant de s’assoir entres deux autres filles à une table bien éloignée de celle ou Ray et s’installèrent. A peine ses fesses posées sur une chaine, Ray demanda d’un battement de paupière à son amie si tout allait bien. Celle-ci lui répondit d’un geste vague comme pour dire qu’elle avait l’habitude, ou signifier qu’elle avait hâte d’abattre sa lourde épée sur quelque chose, il ne comprit pas très bien. Il se contenta de lui sourire avant de jeter un coup d’œil au reste des occupants de la salle.


Wallace avait été rejoint par un homme plus vieux, les cheveux presque entièrement gris et la moustache fournis. Des rides avaient commencé à apparaitre il y a bien des années sur son visage mais ses muscles saillants témoignaient encore d’une grande vitalité. Parmi les autres étudiants, Ray en identifia certains, tandis que d’autres lui étaient parfaitement inconnus:
La chasseuse blonde s’était assis entre Mey et Mélanie, deux amies de toujours qui adoraient papoter pour ne rien dire, raison pour laquelle Ray n’avait jamais pu les supporter du temps où elles occupaient sa classe d’histoire à l’école. Ray reconnut également le garçon aux cheveux bleus qu’il avait brièvement aperçu la nuit dernière en traversant la place du village tel un baril de poudre. A part cette brève rencontre, si on pouvait l’appeler ainsi, il ne lui semblait pas l’avoir vu auparavant. Le grassouillet Bully, un natif de Voul dont le patronyme seyait à merveille selon Ray tellement il était lourdaud, avait été rejoint par Cardin, la brute non moins épaisse lui servant de frère jumeau et de second hémisphère cérébral. Leurs parents étaient les cuisinier et cuisinière les plus doués du village, mais eux n’avaient jamais eu que le goût du massacre.
La dernière personne sur laquelle il put posé un nom fut un garçon nommé Cobb, habitant depuis plus loin que sa mémoire s’en souvenait avec sa mère dans une des maisons juxtaposant la sienne. Les deux garçons n’avaient jamais été plus proches que ça mais Ray savait que Cobb était quelqu’un sur qui on pouvait compter. L’avoir dans son équipe ne pourrait qu’être une chance pour quiconque.

Restait encore dans la salle un autre inconnu à l’allure de blondinette chétive et aux genoux tremblotant ainsi que deux véritables demoiselles : l’une aux cheveux court et gris comme la cendre ; l’autre présentant une longue capillarité auburn qui décontenança le garçon tellement elle lui sembla ne jamais vouloir s’arrêter. Cette dernière semblait s’être assoupie, la tête plongée entre ses bras repliés. Le vieux moustachu pris la parole et se présenta comme Edmond, instructeur en chef de l’académie. Il commença son long discours en leur déclarant que durant tout le temps de leur formation, ils seraient responsables autant de leurs études que de leur vie. La remarque fit ricaner grassement les jumeaux ainsi que les deux commères mais laissa de marbre les huit autres étudiants. Le petit homme chétif s’arrêta même de trembler suite à cette phrase. Ray l’avait particulièrement bien assimilé depuis la journée d’hier, la vie de chasseur était toujours dangereuse et souvent bien courte.


L’instructeur en chef continua alors en parlant des nombreuses règles mais également responsabilités qui incombaient au métier de chasseur de monstre. Règles, règlement, contraintes, normes et obligations légales… Il ne semblait pas très apte à captiver son auditoire et même Wallace sembla piquer du nez à côté de lui, ne se réveillant que de temps à autres pour acquiescer à ses déclarations. Ray fut l’un des derniers mais décrocha définitivement au moment où le vieil homme se mis à déclamer avec émotion un poème de son invention sur l’honneur et le frisson que lui avait procuré la chasse de sa première wyverne volante, il y a surement des décennies de cela… Ray glissa les yeux sur sa voisine, cette dernière, les yeux plissés à l’extrême, semblait se démener pour comprendre chaque phrase, aussi absurde soit elle. Elle lui adressa un regard bref mais sévère pour dissuader l’apparition dans son esprit malin de toutes idées saugrenues destinées à la déconcentrer. Le jeune garçon, déçu, parcouru à nouveau la salle des yeux à la recherche d’une quelconque distraction visuelle tandis que l’autre attaquait son troisième couplet. Il s’aperçut alors qu’une seconde demoiselle le regardait, avec insistance cette fois. Il en aurait été très certainement ravi s’il n’avait pas s’agit de la jeune fille blonde, semblant apprécier le fusilarbaléter du regard pour passer le temps. Ray détourna vivement le sien et se résigna à faire comme Bully et la jeune fille auburn, somnoler en attendant que le temps passe. A noter que Ray lui ne ronflait pas.


Il fut tiré de son léger sommeil par un coup de coude bien moins doux que celui-ci tandis que l’instructeur concluait en leur dévoilant leur emploi du temps des prochains mois. Leur matinée type serait remplie par un entrainement physique quotidien ainsi que de cours théoriques, suivis par un repas de mi-journée. Ils enchaineraient ensuite après 12h sur la réalisation d’application pratique, voir certains jours par un affrontement dans l’une des nombreuses arènes jouxtant l’académie ou l’accomplissement de quêtes dans la nature, tout cela en équipe de 2 à 4. Edmond les salua et leur souhaita bien du courage tandis que tous se levait dans le brouhaha propre aux fin de cours laborieuses, non sans remercier leur instructeur en dissimulant leurs bâillements. Ray et les autres voulurent attraper leurs coffrets mais Wallace leur aboya qu’il n’en aurait pas besoin : Seuls l’utilisation des armes de l’académie était autorisée au sein de celle-ci, la pratique avec leurs propre équipement devrait attendre les sorties dans les zones de chasse. Il les mena ensuite, maintenant frais comme un Bulfango, au travers d’un couloir menant à l’extérieur. Ils sortirent alors dans une petite clairière aménagée à l’arrière du bâtiment. L’instructeur, comme requinqué par l’éloquence de son chef ou sa sieste réparatrice, fit l’appel avec entrain.

L’esprit de Ray encore assoupi ne capta qu’avec peine son nom. Il retenu néanmoins sans difficulté que la jeune fille aux très longs cheveux rougeâtres se prénommait Tri. En effet Wallace dut s’y reprendre à trois fois, haussant à chaque tentative le ton, pour obtenir une réponse. La demoiselle semblant capable de s’assoupir rapidement, même en position debout. Sous la voix maintenant beuglante de leur formateur, les étudiants entreprirent de courir autour de la clairière pour se mettre en jambe. Cobb, que tout le village savait sportif depuis son plus jeune âge, ouvrit la marche, rapidement suivit par la jeune fille aux cheveux gris ainsi que la blonde. Le petit blond chétif quant à lui semblait avoir un problème au niveau de la taille de sa tenue et ne put pas faire un pas, la circulation sanguine manifestement bloqué. Ray resta un moment en arrière pour essayer de l’aider à défaire les liens qui le maintenait prisonnier jusqu’à ce que Wallace, munit d’une bonne dose d’huile de coude, prenne le relai. L’instructeur n’oubliant pas de lui ordonner de suivre ses camarades valides.


Le jeune homme rattrapa ainsi rapidement Mey et Melanie qui marchaient tranquillement en papotant, ainsi que Bully et Cardin, plus adepte de la broche à rôtisserie que de la course à pied. Il dut ensuite faire preuve de moult précautions pour dépasser Tri, assurément parce que celle-ci zigzaguait de manière imprévisible, presque aléatoire, et que ses longs cheveux lui cachaient la moitié de son champ de vision. Ray ne vérifia pas mais il fut presque persuadé que celle-ci ronflotait encore pendant sa course. Par la suite les tours de piste s’enchainèrent, Ray grignotait petit à petit le retard qu’il avait pris en aidant le jeune blond. Ce dernier était maintenant poursuivi par les jumeaux crétins pour une raison qui lui échappa. Peu de temps s’écoula avant que Wallace ne leur hurle de compléter leur tour puis de se ranger en face de lui pour passer à la suite des réjouissances. Le jeune garçon évalua rapidement la situation : Cobb et  couraient au coude à coude et sur le point d’arriver devant l’instructeur, l’anonyme aux cheveux gris les suivant de peu. Tout trois ne semblait pas le moins du monde essoufflés par ce petit échauffement, ce qui n’était pas le cas de la damoiselle au regard noir qui commençait à montrer des signes de faiblesse. Ray se fit la réflexion que ses bottes étaient certes tout à fait charmantes mais peu adaptées à l’exercice. De plus celle-ci avait dû partir sur un rythme trop rapide pour elle, sûrement dans une vaine tentative de faire bonne figure ou de se prouver quelque chose. Ray était sur le point de dépasser la jeune haletante lorsqu’il sentit son pied buter contre un obstacle très élégant. A peine le temps pour lui de dire ouf et de voir la blonde reprendre sa place en gloussant discrètement qu’il s’étala dans les hautes herbes. N’étant pas dupe quant à la fourberie dont il avait été la victime, il s’apprêta à se relever pour sprinter et refaire son honneur. Il y serait à coup sûr parvenu si une coureuse endormie n’avait pas innocemment confondu son dos avec une trajectoire praticable. Ses vêtements maintenant imbibée de la rosée du matin, Ray se retourna sur le dos et respira lentement quelques secondes. La lumière d’Ashura, même pas encore arrivé à son mi-zénith, l’ébloui quelque peu mais il aperçut une main assistante tendue vers lui. Il accepta l’aide sans hésiter et se remis sur ses jambes.

Le garçon chétif avait fini par arriver à sa hauteur et lui avait rendu son coup de main. Leurs regards se croisèrent et le plus petit des deux dit avec ferveur:


« Cross »


« Ray » répondit alors le garçon, surpris par l’assurance que son interlocuteur avait dégagée l’espace d’un instant.


« Enchanté », répondit alors Cross en retrouvant une voix fébrile, « Si ça ne te dérange pas je serais d’avis de repartir avant que le duo infernal ne nous rejoigne »


Bien que les frères grassouillets fussent encore à bonne distance, Ray approuva et ils reprirent leur course. Lui et sa nouvelle connaissance arrivèrent simultanément devant Wallace, un sourire carnassier figé sur le visage. « Ce n’est pas parce que c’est une princesse que vous devez à tout prix vous prosterner ainsi devant elle Monsieur Arc » déclara ce dernier en ricanant, bientôt rejoint par les gloussements de la blonde, Mey et Mélanie. Ces deux dernières si lentes qu’elles avaient finalement réalisées plusieurs tours de moins que tous les autres, mais étaient tout de même arrivées au rassemblement avant lui.


Ray sentit de la honte ainsi qu’une pointe de colère lui enflammer le visage mais il ne répondit rien, se contentant de dépoussiérer ses vêtements. Tandis que Wallace accueillait avec ses applaudissements les plus sarcastiques le duo restant, Ray lança un regard noir à celle qui l’avait taclé. La jeune fille blonde se contenta de lui adresser un sourire mauvais mais que le garçon ne put s’empêcher de trouver ravissant un court instant. Il détourna les yeux pour s’éviter de rougir de plus belle et fit un bref signe de main à son amie muette pour lui signifier que tout allait bien. Son handicap ne lui avait pas empêché de percevoir la scène et il sentait que l’envie de découper la « princesse » en tranches la démangeait.


Cardin, soufflant comme un conga, et Bully, suant à grosses gouttes les rejoignirent et tous les 13 quittèrent la clairière pour se diriger vers ce qui semblait être un petit fortin placé sur une colline non loin. En approchant ils aperçurent à travers de larges portes entrouvertes que l’intérieur de l’édifice était occupé par une vaste étendue de sable entourée de gradins. L’ensemble était à ciel ouvert et transpirait l’effort.


« Bienvenue dans l’arène » clama avec ferveur Wallace en les guidant à l’intérieur comme s’il avait lui-même érigé la bâtisse.


Ray entendit Cross lâché un soupir d’admiration devant la grandeur de la place ensablée tandis que l’insupportable blondinette sembla se plaindre au sujet de la petitesse de celle-ci. Il força son attention à se détourner de la jeune fille pour se focaliser sur les consignes d’exercice que commençait à hurler l’instructeur avec plaisir. Pendant deux longues heures ils se déshydratèrent malgré la température froide du jour en enchainant course, escalade des parois, étirements, déplacements de poids, tirage de corde et bien d’autres exercices destinés à long terme à leur tailler un corps apte à affronter des monstres hauts comme des montagnes. Certains mouvements devaient être effectués à l’aide de partenaire et Ray en exécuta la plupart avec Cobb et . Le garçon aux cheveux bleus fit équipe avec Tri, oscillant entre le sommeil profond et paradoxal ainsi qu’avec la jeune fille dont les cheveux apparaissaient dorénavant argentés sous la lumière du jour. Cross accepta sans joie de coopérer avec le duo de garçon restant et une brochette de filles détestables semblaient s’être trouvée. Moins athlétique que ses deux camarades, Ray eu les plus grandes difficultés à suivre leur rythme. Cobb était un titan, sa charpente osseuse était dense, ses épaules larges et ses muscles puissants : un être impressionnant pour un garçon de 15 ans et demi. Pour autant, il savait tout aussi bien faire preuve d’une grande souplesse et ne semblait pas manquer d’endurance. La jeune fille quant à elle, il l’avait toujours connu comme une force de la nature, déterminée, infatigable et ne semblant jamais verser une seule perle de sueur. Une image de son amie lui revint en tête : Il y avait fait de ça des années, elle l’avait défendu contre un groupe de garnements bien plus âgés qu’eux, jamais plus il ne l’avait importuné. Il sourit à ce souvenir en commençant à soulever un nouveau poids, plus lourd que tous ceux qu’il n’avait jamais porté.
Ashura continua de s’élever lentement dans le ciel. La soif leur brula bientôt la gorge et la faim en profita pour s’insinuer dans leur esprit. Wallace pris finalement en pitié certains de ces étudiant et leur beugla que l’heure du repas était enfin arrivé. Sous les consignes de leur instructeur, les jeunes gens globalement éreintés s’en retournèrent au bâtiment principal.
Une salle avait été aménagée depuis la création de l’académie d’une longue et unique table de banquet. Celle-ci devait pouvoir au moins permettre à cinquante chasseurs en armure lourde de s’assoir confortablement et ils n’étaient que douze. L’ambiance ne s’annonçait donc pas aussi animée qu’elle avait pu l’être les générations passées.

Ray posa ses fesses à l’extrémité d’un banc, très vite rejoint par sa compagne muette et Cross, trop heureux de pouvoir échapper à la compagnie des jumeaux terribles. Ce dernier sortit d’un petit sac un ensemble compliqué de tranches de pain, de fromage, de légumes et de viande de kelbi froide. le dévisagea lui ainsi que son sandwich, si bien qu’il demanda en mastiquant bruyamment :
« Quoi ? »


La jeune fille brune se contenta de quelques gestes de main incompréhensibles avant de déballer elle-même son repas : Un rôti d’aptonoth gras et juteux, épais comme une cuisse d’homme. Devant l’étonnement du jeune homme, Ray lui répondit simplement : « Elle se demandait juste comment tu pouvais faire pour manger ça. »


« Et elle alors ? » commenta l’estomaqué


« Oh aujourd’hui elle n’a pas très faim tu sais » s’esclaffa Cobb en donnant une tape dans le dos de Cross avant de s’assoir à côté de lui. « Tiens regarde ça »


Tous les regards se portèrent alors sur Tri, salivant en se faufilant peu discrètement vers l’alléchante et colossale portion de viande. La demoiselle brune, sentant des pulsions de gourmandises se rapprocher un peu trop près de son précieux bien, se contenta de l’éloigner de toutes tentatives de chaparderie. Tri se fit âprement trainé quelques places plus loin par sa comparse aux cheveux clairs, bredouille et les larmes aux yeux. Les jumeaux et les demoiselles restantes gloussaient à l’autre bout de la table. Le garçon aux cheveux bleus avait visiblement profité du trajet du retour pour s’éclipser et déjeuner en solitaire. Une discussion s’installa naturellement d’une bouchée à l’autre entre Ray et les deux garçons assis à côté de lui, son amie muette se contentant de dévorer silencieusement un second morceau de viande en les regardant attentivement.


Cross narrait son aventure : il venait d’un minuscule village à l’autre bout d’Anemy et il avait traversé le continent entier uniquement dans le seul but d’intégrer l’académie de Voul. Y vivant depuis toujours ou presque, ses compagnons de repas n’étaient pas sans savoir la réputation de leur village en matière de chasse au monstre. Le jeune blond ajouta tout de même qu’il avait emprunté les routes sures et n’avait ainsi pas croisé de monstre plus gros qu’un kelbi durant son long périple. Cobb lui présenta les étudiants natifs ou vivants à Voul de longue date, à savoir Mey, Mélanie, , Carvin, Bully, Ray et lui-même. « Je te conseille de ne pas trainer trop longtemps avec ces deux abrutis » continua-t-il en désignant du doigt les deux jumeaux. Ceux-ci occupés à montrer leur pataude musculature pour tenter d’impressionner les dames les entourant ; sans grand succès. « Un jour ils feront une vraie connerie, là dehors, et cela leur coutera cher. Moi je te le dis. » Repris le musclé. Ray et Cross acquiescèrent.


« Il ne semble en effet pas être de bonne compagnie » conclut Cross avec un sourire au coin, non sans trembloter légèrement. « Nous verrons bien comment notre promotion évolue avec le temps. »


« La petite préférée de Wallace me semble aussi être un vrai cadeau» grinça Ray Devant le silence de ses camarades étant en mesure de parler il continua : « La blonde »


« Oui j’avais saisi, mais pourquoi dis-tu que c’est sa préférée ? » interrogea Cross tandis que Cobb émettait l’hypothèse que c’était parce qu’elle l’avait humilié à la course, s’attirant un regard foudroyant de .


« Il ne minaude pas autant devant les autres filles, et surtout il ne leur donne pas du Madame et du Princesse» argumenta alors le garçon Autre silence. Cette fois appuyé par les sourires, puis les éclats de rire de ses compagnons. « Quoi ?! » dit à son tour Ray. Son amie muette lui fit quelques signes mais il regarda Cross en attendant sa réponse.


« Et bien » commença-t-il, « disons tout simplement qu’il s’adresse à elle comme son rang le lui permet, ou plutôt l’y oblige »


« Comment ça ? » interrogea une nouvelle fois Ray, ne sachant toujours pas à qui il avait affaire. Cobb finit son verre et avança sa tête vers lui pour lui chuchoter.


« T’étais pas au banquet toi hier soir ?»


Ray hocha légèrement et horizontalement la tête en guise de réponse.


« Ray bon sang, où t’étais encore planqué ? L’info a tourné dans tous le village : C’est la fille du roi de Tahir, venu spécialement de la capitale pour sa formation» Le garçon mis un moment à comprendre ce qu’il venait d’entendre. « Tu sais bien ! C’est le …. » voulu poursuivre Cobb


« Oui oui je sais » le coupa Ray tout en reculant son oreille. « Donc t’es en train de me dire que cette nana est juste la fille du mec le plus riche du continent ? »


« Yep »


« Et qu’est-ce qu’elle fout là ? »


« Ca je n’en sais rien mon gars » conclut Cobb en reprenant une gorgée Des brusques éclats de voix lui firent tourner la tête vers l’autre bout de la table: La princesse et la nouvelle cour qu’elle s’était constituée riaient aux éclats. Le regard de la demoiselle blonde se tourna vers lui et elle aperçut son air étonné, presque ahuri, ce qui l’a mis intérieurement en joie. Cardin mima alors grossièrement comment le jeune garçon s’était étalé de tout son long quelques heures plus tôt ce qui la fit de nouveau rugir d’hilarité.


« Je sens que je l’aime déjà » déclara Ray en soupirant.  lui donna un coup de pied dans le tibia sous la table auquel il ne répondit pas mais il l’a menaça d’un battement de cil de lui dérober son prochain repas. Etrangement, suite à ça elle se mit à lui caresser doucement la jambe avec le bout de sa botte, son regard maintenant tendre. Comme celui qu’un monstre pouvait avoir quand il savait exactement ce que sa proie allait faire ou non pour tenter de s’échapper, en vain.


Le groupe finit de déjeuner en s’interrogeant sur la suite de leur premier jour d’entrainement. Wallace, un peu rougeau, vint les chercher quelques minutes plus tard pour les remmener dans l’arène. Sa démarche était dorénavant plus maladroite que martiale mais aucun n’osa émettre à l’oral un doute sur sa capacité à tenir les prochains cours. Sur l’un des murs de pierre ocre constituant l’enceinte avait été disposé un ensemble d’armes de chasse. De la simple épée à un complexe fusilarbalète en passant par un brutal cor de chasse, toutes semblaient avoir été taillé dans l’os. Leur instructeur les invita d’une voix presque euphorique à s’équiper de celle qui les inspirait le plus puis à le rejoindre au bord opposé de l’étendue ensablée. Le choix des étudiants se fit dans une cohue certaine, quelques-uns se disputant même certaines armes comme des enfants devant une pile de jouet. Ray finit par mettre la main sur une épée et un bouclier de poids raisonnable. Il n’avait pas été formé depuis l’enfance au maniement des armes par ses parents ou un maitre donnant des cours particuliers et ne maitrisaient ainsi pas nombre d’entre elles. Il remarqua en se dirigeant vers l’instructeur que les lames ne semblaient pas avoir été entretenues depuis longtemps, impossible pour eux de chasser un simple herbivore avec un tranchant si faible. Il s’aligna à la suite de ses camarades en face d’un dispositif en bois compliqué qui avait été amené devant un mur durant leur absence. Wallace semblait essayer de l’escalader avec des gestes maladroits tandis que tous s’interrogeait.


Cross, sûrement parce qu’il venait de remarquer que du dispositif se détachaient de longue perches en bois munis de bec monstrueux à leur extrémité, demanda d’un ton peu rassuré : « Monsieur, si je puis me permettre » commença t’il en déglutissant bruyamment. « En quoi consiste exactement l’exercice »


L’instructeur se contenta de mettre un index devant sa bouche pour lui ordonner le silence tandis qu’il s’affalait au poste de commande. Il eut une série de hoquet inquiétant et se massa les tempes avant de s’adresser à eux : « Ceci, mesdames et messieurs, est un kut-kut de bois » Tous restèrent de marbre face à cette présentation. Le professeur actionna alors un premier levier, une gerbe de vapeur jaillit de l’appareil et l’un des épieux bascula en avant. Le bec de yian kut-kut enchâssé à son embout perfora le sable avec un bruit étouffé, un mètre seulement à la droite du garçon blond qui ne souhaitait dorénavant plus pour rien au monde poser une nouvelle question. « Avant de pouvoir affronter le plus petit des wyvern, vous allez devoir apprendre à vous déplacer comme de vrais chasseurs » proclama avec une ferveur alcoolique le maitre de l’exercice. « Vous êtes libre d’éviter ou parer comme bon vous semble mes attaques, bien que je vous déconseille cette seconde option. Votre seule consigne est de garder votre arme dégainée et de rester à portée des becs. »


Sans plus d’explication, il s’empressa d’actionner un autre levier et une autre perche s’abattit sans que Ray ne puisse voir à qui elle était destinée. Un simple regard sur son bouclier lui fit immédiatement comprendre qu’il était hors de question pour lui de se servir de celui-ci pour dévier un assaut sous peine de se voir disloquer un membre. Ray effectua une esquive du plus belle effet, roulant sur son épaule gauche, pour éviter le premier bec qui lui fut personnellement adressé. Il se remit rapidement en place pour ne pas gêner les autres étudiants. Ils étaient tous les 12 organisés en un arc de cercle assez large mais seulement une demi-douzaine de mètres les séparaient les uns des autres. Le garçon remarqua qu’à sa gauche s’était placée l’exécrable princesse munie d’une immense lance et d’un bouclier bien plus imposant que le sien. Il se demanda alors si le sort et cette dernière ne s’étaient pas ligués contre lui. L’ayant prise pour une grande gueule sans expérience, il fut étonné par les mouvements que sa voisine exécutait : De simples petits sauts en arrière ou pas latéraux semblant parfaitement calculés pour que les becs meurtriers s’écrasent juste à ses côtés. Ray entendit un son étrange à sa droite, proche de celui d’un gong, et observa que Cobb venait de repousser une tige de bois d’un habile coup de marteau.


Quelques minutes passèrent et aucun accident ne sembla survenir pour le plus grand dam de leur instructeur. Celui-ci avait beau s’acharner, jusqu’à diriger plusieurs attaques simultanément sur certains de ses étudiants, mais aucun ne flancha. Il fut même agacer par l’attitude de certains, semblant presque s’ennuyer entre leurs parades ou esquives. Wallace actionna alors un levier dont le bois avait été jadis peint de violet et il un pieu qu’il n’avait alors pas encore utilisé s’avança légérement. Un épais nuage de vapeur se dégagea de la machine comme pour signifier qu’il venait de libérer l’enfer. Celui-ci était armé d’un bec ébréché et plus sombre que les précédents. Il l’abattit sans cibler personne en guise de démonstration : l’arme s’enfonça dans le sable d’un bon mètre en provoquant un son très étrange et un mouvement d’air violent qui décoiffa tous les étudiants. Sa vitesse et sa force de frappe semblaient d’un tout autre niveau que ceux des becs de base.


« Afin de conclure cet exercice » dit l’homme en se raclant la gorge. « Chacun d’entre vous va devoir survivre à une frappe de cet épieu-Garuga. Des questions ? »


« Oui moi monsieur » s’exclama innocemment Cross. « J’aimerais savoir si… » Il aurait été violemment percuté par la tige de bois si la jeune fille aux cheveux argent ne l’avait pas brusquement tiré par le col et projeté en arrière. Celle-ci venait sans doute de lui éviter quelques jours d’alitement et il la remercia dans un demi-souffle.


« Très bien » repris l’instructeur sans sembler se soucier de cette intervention. « Aux suivants »


Suite à ça se fut un véritable miracle que nul étudiant ne finit blessé : Bully ainsi que son frère durent se jeter au sol dans un parfait saut de l’ange pour sauver leur peau. Mey et Mélanie ne durent leur salut qu’en se sautant dans les bras mutuellement et en criant. Même le garçon aux cheveux bleus qui avait lors de l’exercice montré une agilité impressionnante dû se résoudre à plonger vulgairement au sol avec son fusilarbalète.  fut la seule qui para l’attaque, l’encaissant en plein cœur de son épée à deux mains, et ses pieds s’enfoncèrent dans le sol instable sous le choc.


Le tour de Ray approchait et il sentait que surmonter cette épreuve ne lui serait pas facile. Ses jambes étaient tétanisées de fatigue et son cerveau semblait incapable de formuler une pensée cohérente. Il ne vit même pas la tige de bois se réarmer pour ensuite se diriger avec vélocité vers son crâne. Il sentit ses cuisses trembler et ses genoux flancher, il s’effondra âprement en avant, son visage rencontrant avec plaisir le sable frais de l’arène. Le bec brisé s’abattit alors miraculeusement entre ses pieds écartés et il ne sentit que le souffle de l’impact lui ébouriffer sa chevelure brune comme l’aurait fait une simple brise. Quelques secondes il resta ainsi, sans vraiment se rendre compte de la situation, écoutant seulement les bruits produits par le dispositif d’entrainement comme s’il s’agissait d’une douce mélodie. Au dernier impact lui vint l’envie de se relever, il redressa alors la tête et celle-ci fit percuter par un objet long et dur. La fatigue atténua la douleur qui irradia alors à l’arrière de son cuir chevelu et il perçut seulement un léger filet de sang coulé en suivant sa nuque. Les idées confuses, il tenta de se remettre sur ses pieds mais échoua et s’affala une nouvelle fois.


« Tu pourrais pas faire attention ?! » lui rugit alors une voix dont il devina immédiatement la propriétaire. La jeune fille blonde se tenait debout à un mètre de lui, examinant le bout du manche de sa lance repliée, son bouclier rangé dans son dos.


Le jeune garçon ne répondit pas à sa provocation et se contenta de rouler pour se mettre à genoux. La sensation à l’arrière de son crâne se faisait plus vive mais rien n’y changerait s’il restait planté là. En enfonçant la lame de son épée dans le sable pour lui servir d’appui, il parvint finalement à se tenir debout à nouveau.


« La prochaine fois, ne te met pas en travers de ma route » pesta celle qui l’avait blessé, sans qu’il ne puisse un instant percevoir un soupçon de responsabilité dans sa voix.


« La prochaine fois, respecte les consignes. » maugréa alors Ray en appuyant une de ses manches sur son occiput. Il voulait éponger le sang avant que celui-ci ne coagule dans ses cheveux.


Cross s’en mêla tout en aidant le garçon à retrouver un certain équilibre. « Désolé Princesse, mais ici c’est toi qui est en faute » se contenta-t-il de déclarer


« Comment ça ?! » s’égosilla l’autre. « C’est lui qui n’a pas dégagé l’espace ! »


« Certes Miss » intervint alors leur instructeur. Il avait mis un petit moment pour se rendre compte de l’altercation et un de plus pour descendre du kut-kut de bois sans se rompre le cou. « Mais vous n’avez pas suivi les consignes et avez rengainé à moitié et sans précaution votre arme pour vous jeter dans le sable. Ainsi vous blessâtes notre cher ami. »


Le trentenaire examina la blessure de Ray et en conclut rapidement que celle-ci n’était que superficielle et lui laisserai au pire un hématome de bonne taille mais externe. Voyant que le reste des étudiants commençait à se rassembler autour d’eux, Wallace leur ordonna de recharger le Kut-Kut artificiel à l’aide de charbon contenu dans des tonneaux disposés non loin. L’instructeur se massa à nouveaux les tempes, semblant souffrir lui aussi et continua :


« En guise de sanction, je vous dispense Miss de l’exercice suivant et vous charge d’une mission : Conduire ce cher Monsieur Arc au bâtiment principal, nous serions ici tous désolés de le perdre au bout d’une seule journée. » La demoiselle sembla sur le point de répliquer mais la figure d’autorité mis fin à la conversation d’un revers de la main.

Elle fulmina alors tandis que Cross glissait à l’oreille de son nouvel ami : « Et bien tu en as de la chance : se mettre à dos une riche et belle héritière, ça n’est pas donné à tout le monde. »


« Ta gueule » lui marmonna Ray en soulevant le coin des lèvres.


« Je te souhaite bonne chance en tous cas. Tachez de ne pas faire trop de bêtises » dit alors le chétif blondinet avant de rejoindre ses camarades.


Ray tourna le regard vers la jeune fille sensée l’aider, celle-ci ne lui accorda pas un battement de cil et partit devant. Le garçon la suivit en continuant d’appuyer son vêtement sur sa blessure. Leur retour vers le bâtiment principal se fit dans un silence de mort. Ray montra rapidement sa blessure à un homme chargé de délivrer les soins au sein de l’académie. Celui-ci les emmena dans une pièce faisant office d’infirmerie et de garde-manger, lava la plaie et y apposa un cataplasme à base d’herbes. Il lui indiqua alors qu’il fallait qu’il maintienne le dispositif en place une bonne demi-heure afin que le processus de cicatrisation opère. A ses mots, la jeune fille blonde tenta de se faufiler hors de la salle mais le soigneur lui ordonna de rester auprès du jeune homme au cas où. Il les laissa alors, invoquant l’importance pour lui d’exécuter sa sieste postprandiale. Les deux étudiants attendirent alors ensemble, à bonne distance et toujours sans échanger un mot. L’un semblait essayer de poignarder du regard tandis que l’autre lui lançait des petits sourires pour attiser la flamme de son agacement. Le temps s’écoula très lentement et une véritable éternité s’écoula avant que Wallace ne pénètre dans la pièce.


« Et bien, que voilà de charmants jeunes gens ! » s’esclaffa t’il en arrachant une gorgée au goulot d’une gourde. Ses deux interlocuteurs détournèrent leur regard l’un de l’autre pour le diriger vers leur instructeur. « Vos gentils camarades sont partis pour une longue et pénible série d’exercice que ma bonté et surtout le règlement m’interdisent d’imposer à notre petit blessé du jour »


Ray n’aima pas la manière dont l’instructeur le compara à un bambin en détresse mais la suite de son discours l’intéressa bien plus.


« Vu que je n’aimerais pas que vous vous ennuyez trop j’ai trouvé de quoi vous occuper mes petits kelbis » La jeune fille sembla sur le point de protester une nouvelle fois mais l’adulte dans la salle enchaina en se massant à nouveau les tempes : « J’ai un sacré mal de tête depuis tout à l’heure et seule une bonne tisane pourrait y remédier. Malheureusement, ma réserve d’herbes des montagnes est vide. » La damoiselle blonde le dévisagea carrément, ne comprenant pas où il voulait en venir. « J’aimerais donc que vous m’en rapportiez disons… cinq plants de bonne taille. Histoire que j’ai une petite marge pour les jours qui viennent. »


A ses mots et en guise de conclusion il déposa avec autorité une feuille de parchemin sur une table et quitta la pièce avec un rire tonitruant. Ray agrippa le papier et se dirigea lui-même vers la sortie.


« Attend un peu ! » l’interpella la jeune fille maintenant bien pâle. « Qu’est-ce que cela veut dire ? »


« Ça signifie qu’on a la chance inouïe de pouvoir aller se geler dans les montagnes et ce dès le jour de la rentrée. Si ça ce n’est pas le destin ! » Le jeune chasseur n’eut même pas à se retourner pour deviner à qu’elle point sa camarade devint livide.


« Attend mais… » S’exclama t’elle

« Rendez-vous dans une heure devant le comptoir de la guilde » lui lança le garçon, franchissant la porte sans même l’écouter.

La jeune fille blonde resta un moment immobile au milieu de la salle, puis elle se mit à trembler de tout son corps. Même ses cheveux blonds semblaient déborder de rage et prêts à s’enflammer. Elle ne supportait pas qu’on lui accorde l’attention et l’autorité qui lui semblait lui revenir de droit. Lorsqu’elle quitta la pièce, elle n’oublia pas de claquer bruyamment la porte.


Ainsi soixante et quelques minutes plus tard, le jeune garçon était devant le comptoir de guilde du village, son précieux étui de bois sous le bras. Il tendit la demande de quête à une jeune femme qui s’empressa de vérifier si celle-ci était en bonne et due forme.


« Une sortie dès le premier jour, voilà qui n’est pas commun. » lui dit-elle en apposant sur le papier une marque du même rouge que celle présente sur sa carte de guilde, mais cette fois en forme d’étoile. « Vous devez vraiment être un apprenti insupportable. »


« Sans aucun doute. » lui répondit Ray avec un large sourire, galvanisé par l’idée de partir dans les zones de chasse comme il l’avait toujours voulu.


La beauté de guilde y répondit non sans lui indiquer : « Tout est en règle. Vous pouvez y aller dès que vous êtes prêts. Je crois que votre partenaire vous attend déjà en zone neutre. »


Ray déglutit lourdement ce qui fit échapper un petit gloussement à son interlocutrice. « J’oubliais presque : à priori rien à signaler dans les montagnes aujourd’hui qui ne sorte de la routine : Anteka, popo, peut-être quelques giaprey mais rien de bien méchant. » conclut la jeune femme avant de lui souhaiter bon courage.


Le garçon la remercia puis se dirigea vers un endroit aménagé derrière le comptoir où quelques chasseurs encore somnolents s’équipaient de leur armes et armures. Il repéra en un coup d’œil sa coéquipière, déjà prêtes à partir. Celle-ci ne semblait pas avoir apprécié devoir l’attendre et était adossée négligemment à un mur, un genou plié. Ray remarqua qu’elle avait troqué sa tenue d’entrainement pour une armure de plaque légère en métal dénuée de casque, ce que lui n’avait pas fait. A ses côtés était posée une lanceflingue d’acier imposante, semblant prête à exploser au visage du premier monstre ou emmerdeur venu. Elle avait réuni ses cheveux blonds en une splendide queue de kirin ce qui, selon Ray, mettait parfaitement son visage en valeur. Elle ne daigna pas lui accorder un regard et se contenta d’attendre qu’il soit prêt à son tour.


Le garçon posa alors son coffre de bois au sol et vérifia en vitesse le contenu de son nouveau sac à dos pour être sûr de n’oublier rien qui ne pourrait leur être utile. Il ouvrit ensuite, non sans trépigner de joie, l’étui pour en sortir son arme de chasse. Au bouclier qu’il avait déjà en sa possession la veille s’était ajoutée une courte épée de fer. L’arme était on ne peut plus basique et ne brillait pas particulièrement par sa qualité mais Ray ne put s’empêcher de la trouver splendide. Il s’empressa de glisser l’ensemble dans son dos et se présenta alors devant sa coéquipière.


« C’est bon tu as fini de t’admirer ? » lui lança elle avec aigreur. « On peut y aller ? »


Le garçon ne lui répondit même pas et se contenta d’ouvrir le chemin, sachant pertinemment que cela raviverait sa colère. Ils quittèrent alors le village par la porte réservée aux chasseurs et se dirigèrent vers les montagnes pour leur première quête officielle. Ray ne put s’empêcher de sourire en remarquant quelques branches brisées lors de leur traversée des bois et bientôt ils arrivèrent à l’endroit où le garçon avait échappé au tigrex la nuit précédente. Il frémit en remarquant que le sol gelé était profondément fracturé à l’endroit où la bête avait hurlé de toutes ces forces.


« Cesse donc de rêvasser et passe devant. » lui asséna la jeune fille. « Je ne sais pas où se trouve ces foutues herbes moi. »


« Moi j’ai bien une petite idée, » lui répondit le garçon « mais pour ça il va falloir prendre un peu de hauteur. »


Elle le suivit alors vers la grotte de glace en soupirant quelque chose à propos du fait qu’au moins cette aventure se termineraient peut être avant la nuit. Ashura avait tout de même bien amorcé sa descente dans le ciel et nul doute qu’il ne leur fallait pas trainer plus que cela. Ils mirent un certain temps à traverser la caverne, devant escalader des murs gelés et s’arrêter lorsque la jeune fille voulait mémoriser la topographie des lieux. Celle-ci n’arrêtait pas de pester contre le froid, proclamant que là d’où elle venait il faisait beau et chaud 378 jours par an. Le garçon finit par sortir de son sac une paire de petites fioles remplis d’un liquide rouge et épais et voulut lui en tendre une.


« Qu’est-ce que c’est que ça ? » demanda t’elle, visiblement rebutée par l’aspect sanguinolent et épais du mélange.


« Un breuvage chaud » dit simplement le garçon en avalant lui-même le contenue d’une des bouteilles. « Ca augmente temporairement la chaleur produite par le corps et permet de conserver son énergie par grand froid. »


« Je sais ce qu’est un breuvage chaud » lui rétorqua-elle avec orgueil tout en lui arrachant presque le dit breuvage des mains. « Celui-ci a juste une texture vraiment immonde ».


« C’est du fait maison » lui répondit alors Ray tandis qu’elle avalait le liquide qu’il avait préparé il y a de ça quelques jours.


La blonde faillit faire une fausse route à ces mots mais finit tout de même par absorber le contenu de la fiole. « Pourquoi ne t’es-tu pas contenté de les acheter à un marchand du village ? » lui demanda-t-elle, se surprenant malgré elle à apprécier le gout épicé bien plus que d’habitude.


« Et louper ainsi une occasion d’offrir un verre à une si jolie demoiselle, jamais de la vie. » lui répondit-il avec un clin d’œil avant de se remettre en marche.


Un certain temps passa avant qu’ils ne rejoignirent une sortie de la grotte. Ils se retrouvèrent alors à l’extérieur au milieu d’une vaste étendue de neige et de glace, quelques flocons blancs leur tombant sur la tête. L’endroit était calme et nul monstre ne semblait rodé. « Bien » dit Ray, « Je pense qu’on devrait trouver de quoi faire notre bonheur par ici » Il scruta le sol et ne tarda pas à repérer un ensemble de petits végétaux poussant ensemble malgré le froid qui régnait. Le garçon repéra rapidement des herbes de montagnes parmi eux et s’empressa d’en collecter suffisamment pour remplir sa toute première mission en tant que chasseur. Au moment de glisser le cinquième plant dans son sac, il entendit derrière lui une déflagration et un souffle d’air chaud lui parvint jusqu’aux oreilles.


Il se retourna alors et vit la jeune fille, arme dégainée et sourcils froncées, faire face à un petit monstre aux écailles blanches et recouvertes de neige. Le giaprey avait été projeté en arrière suite au tir mais s’était rapidement remis sur ses pattes et poussait maintenant un petit rugissement. Sans perdre de temps, Ray dégaina à son tour tandis que la créature était rejointe par une petite dizaine de ces camarades, manifestement alertés par son appel ainsi que le bruit produit par l’explosion. Le jeune garçon vint se placer dans le dos de sa camarade et celle-ci lui dit d’une voix tremblante d’excitation.


« Dis-moi que tu as les herbes »


Il lui répondit d’un geste et se rapprocha d’elle, sans remarqué que les monstres étaient en train de s’organiser pour les encercler. « Pas mal pour une première sortie. » lui chuchota-t-il peu rassuré. « A ton avis, il y en a combien ? »


« Onze/douze à tout cassé. » lui répondit elle, une petite flamme dans les yeux. « On va pouvoir découvrir si tu es plus vif pour esquiver sur le terrain que lors de l’entrainement. »


Sans sommations, elle actionna alors un dispositif placé sous son arme et il en sortit bientôt de son extrémité de petites flammes bleues. La lanceflingue expulsa alors un véritable déluge de feu en produisant un rugissement assourdissant. La jeune fille blonde donna même un mouvement rotatif à son poignet pour distribuer son attaque et toucher un maximum de cible. La moitié des giaprey fut purement et simplement réduit en cendres et les autres quittèrent le sol, les écailles noircies. Ces derniers se remirent néanmoins sur leurs pattes et l’un d’entre eux sauta même en direction de celle qui avait anéantit ses semblables. La jeune fille se replia alors derrière l’immense rempart formé par son bouclier et asséna à la bestiole un violent coup sur le crâne avec celui-ci avant qu’il ne puisse l’atteindre. Cette ingénieuse contre-attaque ouvrit néanmoins une faille dans sa défense et un des monstres survivants s’empressa de s’y engouffrer. Ses mâchoires se rapprochèrent rapidement de l’abdomen de la jeune chasseuse, celle-ci ne disposant pas de suffisamment de temps pour se remettre en garde. Elle vu les dents du carnivore s’enfoncer dans son armure sans qu’elle ne puisse rien y faire. Ray abattit alors son épée, visant la fine gorge du monstre dans un puissant coup ascendant, et la tête du giaprey vola vers le ciel.


« Mon héros ! » applaudit alors la jeune fille non sans une bonne dose de sarcasme.


« Tu n’as rien ? » lui demanda Ray, focalisé sur leur survie et ne semblant pas autant s’amuser de la situation.


« Bien sûr que non » cracha t’elle en arrachant une des plaques de son armure, complétement déformé par la morsure de l’animal. Elle dévoila ainsi une partie de son flanc gauche, vulnérable mais intacte, et balança le morceau de métal à la tête d’un autre giaprey. Le garçon étourdit un des monstres cherchant à lui arracher la jambe d’un habile coup de bouclier, puis l’acheva en le transperçant juste sous le sternum. Le sang de la bête l’éclaboussa et s’empressa de teinter de rouge la neige qui les entourait.


« Il en reste quatre » hurla-t-il alors à sa coéquipière.


« N’espères même pas en avoir la moitié » lui répondit-elle avec hargne. Elle se précipita alors sur une des créatures restantes et enfonça l’embout de sa lance dans son ventre. Le monstre feula de douleur mais n’était pas défait pour autant. Elle enclencha alors une gâchette et de la poudre s’embrasa à l’intérieur de sa lanceflingue. Le tir dévasta l’intérieur de l’abdomen de la bête qui s’effondra en gémissant. « Plus que trois » se dit-elle alors à sa seule intention. Elle vu que le garçon était maintenant au prise avec une paire de giaprey et décida non pas d’aller lui prêter main forte mais d’en finir avec le troisième monstre. Celui-ci semblait avoir gardé ses distances avec le couple de chasseur depuis le début du carnage et n’avait donc pas été trop touché par la dévastatrice attaque de la jeune fille, à peine ses écailles avaient-elles roussies.


Ce giaprey était donc encore en pleine possession de ces moyens et la jeune chasseuse eut le plus grand mal à l’atteindre. Un de ces coups d’estoc lui permit d’érafler le flanc du monstre mais celui-ci avait parfaitement calculé les bénéfices et les risques encourus par sa manœuvre : D’une morsure habile, il arracha un petit morceau de chair à la partie découverte par un de ses semblables. La blonde hurla de douleur et tenta d’assener au monstre un coup de bouclier. Celui-ci l’évita d’un bon en arrière et jaugea l’ampleur des dégâts qu’il avait causés afin de préparer sa prochaine percée. La chasseuse fit l’erreur de lâcher son bouclier pour appuyer sur son ventre meurtri dans une vaine tentative de réduire l’hémorragie. La créature des neiges n’hésita pas un instant et se rua sur sa proie, évitant sans grande peine les tirs explosifs maladroits de cette dernière, gagnée par la panique. A peine arriver à un mètre de sa cible, le giaprey s’arrêta net, désorientant la jeune fille qui s’attendait à le voir se précipiter une nouvelle fois vers son abdomen et qui avait préparé pour sa défense un nouveau tir. Elle réorienta en un instant sa lanceflingue en direction de la tête du monstre et bombarda la gâchette de tir avec son index droit. Seul un son étrange et un vague nuage de poudre froide furent émis par l’arme. Elle pâlit : elle avait bien rechargé, son arme ne semblait juste plus fonctionnée comme elle l’aurait dû. Mue par un réflexe stupide, elle tenta alors de transpercer son assaillant d’un geste imprécis. Celui-ci courba l’échine et vu l’épieu d’acier passé au-dessus de lui. Si le monstre avait pu sourire, nul doute qu’il l’aurait fait à cet instant. Le giaprey cracha alors en direction de la jeune fille une boule de fluide blanchâtre. Le projectile gelé atteint parfaitement sa cible. La jeune fille sentit une chaleur intense apparaitre brutalement sur sa main et son flanc gauche, si forte qu’elle en tomba à la renverse. Sa tête s’enfonça dans une épaisse couche de poudreuse et ses cheveux blonds se perdirent dans la neige. La douleur froide se propageait maintenant à l’ensemble de son corps, comme si elle coulait le long de ses artères. La chasseuse releva la nuque et fit face au monstre qui l’avait réduit jusqu’à ce piteux état. Quel déshonneur pour elle d’avoir été vaincue par un simple giaprey. La colère, la honte et la peur finirent de la tétaniser tandis que la créature se croyant victorieuse s’approchait lentement pour l’achever. La vue de la jeune chasseuse blessée se brouilla un moment et elle ne perçut pas exactement ce qui se passa autour d’elle.


Ray se jeta en hurlant sur le monstre. Il était seulement muni de son épée, son autre arme restée prisonnière dans la poitrine d’un des giaprey dont il s’était débarrassé non sans peine. Le wyvern aviaire et lui roulèrent dans la neige et le jeune chasseur n’évita qu’au prix d’une brusque torsion du cou une morsure qui aurait dû lui sectionner une jugulaire externe. Les deux créatures, chasseur et monstre, se remirent promptement sur leurs pattes et se jetèrent à nouveau l’un sur l’autre. Une abondante giclée de sang éclaboussa silencieusement un mur de glace et la neige s’arrêta de tomber.


Le garçon arracha les mâchoires qui venaient de se refermer sur son épaule et balança le corps sans vie du giaprey dans la neige. Sans se soucier du sang qui coulait de sa seconde blessure de la journée, il laissa tomber son épée recouverte de fluide vital et se précipita au chevet de sa coéquipière. La jeune fille blonde tremblait maintenant de tout son être, la peau bleuit par la morsure du froid.


« Qu’en voilà une belle éraflure » dit-il en examinant le flanc de celle qui était à terre. La chair à cet endroit avait été complétement congelé par le crachat du giaprey et une certaine portion arborait une couleur noirâtre ne présageant rien de bon. Ray ouvrit son sac à dos, l’ayant protégé d’une ou deux morsures au cours de son affrontement avec les prey de neiges, et en sortit une petite bourse blanche en écailles. Il l’a tendit à la jeune fille en lui indiquant d’avaler son contenue tandis qu’il étalait celui d’une autre pochette semblable sur sa blessure. Observant une certaine réticence ainsi qu’une envie de communiquer de la demoiselle, il approcha son oreille de sa bouche et entendit :


« Est-ce que ça aussi c’est du fait maison ? »


Il ne put alors pas contenir un petit rire en hochant positivement la tête. La blessée mis donc la pâte blanchâtre dans sa bouche et remarqua que la bourse qui l’avait contenue était faite de la même peau que celle qu’elle cherchait à transpercer il y a une minute encore. Un gout de poisson et d’herbe brulée se déposa sur sa langue et elle avala l’agent dégelant. Elle sentit en quelques secondes le givre quitter ses veines, balayer par le produit et sa fantastique chimie. Ray pendant ce temps finit de faire un bandage de fortune autour de son abdomen et de réunir leurs armes.


« Princesse, je pense que votre arme nécessite une petite révision » lui déclara t’il en examinant la pique d’acier, encore bien « lance » mais plus très « flingue ».


« Ferme la donc » lui dit alors la jeune fille, la voix enrouée, tout en essayant de se remettre debout. Ses jambes ne la soutinrent pas plus d’une seconde et le garçon du la soutenir pour ne pas qu’elle ne chute à nouveau.


« Madame désirerait-elle de l’aide ? » lui demanda le garçon à moitié amusé seulement.


Celle-ci ne lui répondit pas mais sentit bien qu’elle ne pourrait pas marcher jusqu’au village sans aide. Ray rangea une fois de plus ses armes dans son dos et glissa un bras derrière les genoux de la jeune fille. Celle-ci lâcha un hoquet de surprise qui lui parut presque familier quand il la souleva du sol.


« Mais qu’est-ce que tu fous ?! » s’insurgea la chasseuse aux cheveux blonds tout en s’agrippant à la tenue du garçon.


« Je te trouve bien vulgaire pour une princesse » soupira Ray en raffermissant ses prises pour ne pas risquer de faire tomber ce chargement imprévu. « Ça ne me réjouit qu’à moitié de procéder ainsi mais c’est encore le plus rapide. La nuit ne va plus tarder et j’ai eu une journée assez mouvementée à mon goût»


« Et ma lance ? Et mon bouclier ? » Lui demanda-t-elle alors, quelque peu désorientée par l’hémorragie qu’elle avait subie.


« Je les ai bloqués entre des roches et recouvert d’une protection, comme ça ni la neige ni les giaprey ne pourront les esquinter. Je viendrais les chercher avec une amie demain à l’aube. »


« La brune bizarre hein, je ne lui fait pas confiance. Elle va essayer de me les voler. »


« Tu divagues complétement » pouffa Ray en faisant quelques pas, ses pieds s’enfonçant dans la neige. « C’est bon on peut y aller ? »


« Attend attend… » « Quoi encore ? » La jeune fille marqua un petit silence, gênée, avant de lui dire : « J’aimerais bien avoir un autre breuvage chaud… »


Le garçon lui fit de grand yeux tellement sa demande lui parut incongrue au vue de leur situation, puis lui souris avec un air étrange. « Hmmmm, à une condition.» lui dit finalement le garçon, le regard malicieux


« Laquelle ? » lui demanda alors l’apprentie chasseuse, n’appréciant que peu devoir des choses aux gens.


« J’aimerais connaitre votre nom Princesse » déclara t’il en appuyant fortement sur son dernier mot.


Pour la première fois depuis qu’ils s’étaient rencontrés, la jeune fille aux cheveux blonds lui adressa un sourire sincère.


« Ève, je m’appelle Eve »


« Enchanté Eve, moi c’est Ray. Ravi d’avoir fait ma première chasse avec toi. J’ai d’ailleurs toujours rêvé de secourir une demoiselle en détresse dans ton genre. »


« La prochaine fois c’est moi qui te sauverais la vie connard !» lui rétorqua-t-elle en perdant connaissance.

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Univers :

  • Les continents de Terra : Il en existe 4 : Anemy/Land/Froy/Arc
  • Le village de Voul : Petit village de quelques centaines d’habitants situé à la pointe nord du continent d’Anémy. Lieu de passage de nombreux chasseurs car entouré de nombreuses zones de chasse ainsi que proche du passage montagneux intercontinental menant à Froy.
  • Tahir : Capitale commerciale du continent d’Anemy, située au nord-ouest de celui-ci. Connu à travers tout Terra pour la qualité de ses tissus et son climat agréable 378 jours par an.
  • Le z : Monnaie universelle utilisée partout sur Terra. Son cour se base sur le prix de la pierre ordinaire.
  • Les sourds/muets dans H : Ces derniers sont souvent isolés de leur semblable humain car incapable de s’exprimer autrement que par écrit (et tous n’en sont bien sûr pas capable). Le langage des signes des signes n’existe pas stricto sensu dans H bien que Ray et  aient mis au point un mode de communication basé sur l’ensemble des mouvements du corps.
  • La notion de zone neutre : Le port d’arme de chasse étant interdit dans les villes et villages (considérés comme étant des zones sûres dénuées de monstres sauvages), les zones neutres sont des lieux au statut particulier placés à l’intérieur de ces derniers pour permettre aux chasseurs de s’équiper avant de rentrer dans une zone de chasse.

Art de la chasse :

  • Les étuis de transport : Coffre de composition et de taille variables permettant de déplacer des armes de chasse à l’intérieur des zones sures.
  • Les quêtes : Missions décernées à un ou une équipe de chasseurs par une autorité compétente (généralement le comptoir local de la guilde des chasseurs). Leur dangerosité est symbolisée par un nombre d’étoiles. Les quêtes d’entrainement ont un statut particulier car décernée par les académies de chasse et ne comportant aucune étoile (et ce quelle que soit leur difficulté).
  • Epée et Bouclier : Arme classique de chasse utilisée par l’homme depuis son apparition sur Terra. Celle-ci permet un bon équilibre entre attaque et défense tout en gardant une excellente mobilité. Leur ergonomie permet l’utilisation d’objet sans avoir à rengainer ou lâcher son arme. Facile d’accès pour le chasseur débutant mais leur parfaite maitrise est un réel défi que peu achève.
  • Grande Epée : Epée immense se magnant la plupart du temps à deux mains en raison de sa masse. Son poids et volume importants réduisent les mouvements de son utilisateur lorsque dégainée mais permettent un potentiel offensif maximal, encore faut-il touché quelque chose avec, et une capacité défensive toute relative.
  • Lanceflingue : Lance équipée d’un canon à courte portée tirant des cartouches de poudre. Souvent équipée avec un large bouclier pour couvrir son utilisateur. Elle permet de littéralement réduire en cendre les monstres. Bien sûr rien n’empêche de les transpercer non plus.
  • Fusilarbalète : Arme du chasseur artilleur par excellence pouvant tirer de nombreuses balles différentes. Faite pour le combat à distance. On différencie souvent les fusilarbalètes lourds et légers en fonction de leurs caractéristiques. Permet d’ensevelir son adversaire sous une pluie de balle.
  • Le kut-kut de bois : Machine d’entrainement fonctionnant grâce à la puissance de la combustion du charbon et de la vapeur qu’elle produit. Elle est globalement constituée d’un poste de commandes et d’un ensemble de bras en bois pouvant être munis de composant de monstres variés. (Le bec de kut-kut étant un grand classique) Elle sert principalement à reproduire artificiellement les mouvements offensifs des monstres afin de former les chasseurs à leurs esquives et parades.
  • Une queue de kirin : Terme pouvant à la fois désigné un composant tiré d’un monstre légendaire ou une coupe de cheveux. Dans le second cas de figure : celle-ci est composée globalement d’une longue mèche tombant sur les yeux et d’une autre à l’arrière du crâne. Elle est souvent adoptée par les chasseuses brutales mais souhaitant faire preuve d’un brun de coquetterie.

Objet et combinaison :

  • Breuvage chaud : (piment fort + amerinsecte) Boisson épicée dont l’ingestion décuple de manière temporaire la production de chaleur par le corps. Agit tel un agent découplant mais en n’entrainant pas de perte brutale d’énergie par le corps.
  • Agent dégelant : (herbe de feu + gargousson) Composition se présentant la plus souvent sous la forme d’une poudre et permettant de contrer l’effet de certains fluides projetés par les monstres.
  • Herbe de montagnes : Végétal poussant exclusivement en haute altitude. Usage thérapeutique controversé dans le traitement des céphalées.

Bestiaire :

  • Aptonoth : Herbivore présentant un renforcement crânial sous la forme d’une plaque rigide. Etre pacifique, il ne pose presque jamais de soucis aux chasseurs durant leurs missions.
  • Bulfango : Monstre à défense débordant d’énergie et ayant une fâcheuse tendance à foncer sur tout ce qui ne lui revient pas.
  • Conga : Pelagus de petite taille et au pelage rose. Reconnaissable par ses attaques odorantes… uniques en leur genre.
  • Diablos : Wyvern ailé imposant et présentant deux larges cornes sur la tête. Sa chasse est réservée aux chasseurs ayant fait leur preuve
  • Kelbi : Petit herbivore sautillant entre deux points d’herbes et dont les cornes sont très prisées par les marchands.

Use et coutumes :

  • Le 15ème anniversaire : Celui-ci correspond à la majorité légale. Souvent à l’origine de festivité, il marque le passage symbolique de l’enfance à l’âge adulte. Suite à celui-ci l’individu peut décider de quitter l’école afin d’intégrer une académie.
  • L’école : Désigne l’ensemble scolaire accueillant les enfants. Il est obligatoire de s’y rendre de ses 3 à 15 ans. Les classes y sont organisées par niveau et non par âge. Les matières enseignées y sont diverses : Mathématiques, histoire, maitrise des langues, expression artistiques, connaissance générale sur les monstres…. L’enfant doit y valider un certain nombre d’acquis et attendre ses 15 ans pour pouvoir rejoindre une académie et y apprendre un métier.
  • Les académies : Ensemble des établissements enseignant les compétences relatives à un métier et permettant l’acquisition d’une carte de guilde permettant la pratique de celui-ci. Leur accès est autorisé à partir de 15 ans sauf dérogations. Il en existe de multiples sortes : académie d’artisanat, de commerce, de chasse… Les conditions d’admission et les modalités d’apprentissage sont académies dépendantes.
  • Les guildes : Ensemble administratif encadrant et mettant en relation l’ensemble des professionnels pratiquant et académie formant à la pratique d’une activité donnée. Chaque guilde est dirigé par un maitre de guilde, l’ensemble des maitres de guilde formant le conseil des guildes, autorité administrative et politique la plus élevée de Terra.
  • Carte de guilde : Ensemble des papiers d’identification d’un travailleur : remis lors de l’entrée d’un étudiant dans une académie donnée. Permet son suivi tout le long de sa formation et de son exercice professionnel.
  • La marque de la guilde des chasseurs : Appliquée à l’aide d’une écaille de rathalos, celle-ci permet de garantir l’authenticité des documents remis par la guilde des chasseurs ainsi que ces nombreux comptoirs à travers le monde.
  • La rentrée dans les académies de chasse : Celle-ci se fait une fois par an, le premier jour du mois de Mizore. Traditionnellement ce jour correspond à la fin de la saison la plus froide durant laquelle l’activité de chasseur est souvent rendu difficile par les conditions climatiques mais également indispensable pour l’approvisionnement en nourriture des villages. La seule condition d’admission est d’avoir eu 15 ans l’année précédente.

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